« Un roman est un miroir que l’on promène le long du chemin »

Stendhal

Chaque livre que j’écris est un chemin que j’emprunte sans savoir où il va me mener. Celui-ci a été plus long que les autres, beaucoup plus long  et semé… de bébés.

Le premier c’est le mien, notre fils, 15 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier. Agé de quelques mois, il était assis sur notre lit calé entre des coussins. Dans ses mains un petit livre cartonné, s’ouvrait en éventail sous l’effet de ses doigts. Il jouait avec les pages les tournait dans un sens dans l’autre et puis tout à coup, il s’est arrêté sur l’une d’elle. Je l’observais à distance il semblait très concentré, complètement absorbé par ce qu’il regardait. Cela a duré un long moment, bien long pour un si petit bout. Curieuse, je me suis approchée me demandant quelle image pouvait à se point retenir son attention de tout-petit et à ma grande surprise j’ai vu que c’était du texte qu’il scrutait avec tant d’intérêt. J’ai eu d’abord envie de lui montrer du doigt l’image, de lui dire que c’était là qu’il fallait regarder : le dessin les couleurs, les formes… mais son regard  était si déterminé, si intrigué aussi que je l’ai laissé à sa « lecture ».

L’idée de faire un livre sans images pour les tout-petits est née ce jour là, elle a mis 15 ans à faire son chemin.

J’ai continué  à écrire à dessiner des albums et à observer tout-petits et plus grands lire, regarder, scruter textes et images, cette idée lovée dans un coin de ma tête.

C’est 7 ans plus tard que j’ai parlé de ce projet à Thierry Magnier (il y a 8 ans). Cette idée ne m’avait pas quittée, elle avait même fait du chemin pendant ces années et si elle me paraissait très osée,  un peu folle même, elle ne me semblait pas sans fondements, mes rencontres avec petits et tout-petits me laissaient penser qu’ils avaient  aussi un grand intérêt pour le texte, pour ces signes, petits ou gros, mystérieux, qui remplissent les pages et font naître des histoires dans les bouches des grands.

Thierry  Magnier a tout de suite été partant pour cette aventure, il  y  a même ajouté une nouvelle dimension en me disant « Et si tu écrivais un ROMAN pour les bébés ! ». UN ROMAN ? Waouw !

Il ne manquait plus qu’une chose : LE texte, LE roman… TOUT en somme ! Et là malgré de nombreuses tentatives d’innombrables pistes empruntées, des routes, des boulevards des sentiers tortueux… je n’arrivais à rien. Etait-ce une voie sans issue ?

Pendant 7 ans j’ai séché, sans abandonner.

C’est au cours d’une résidence en crèche alors que j’étais là pour un tout autre projet que tout à coup tout s’est remis en branle  (en d’autres temps j’aurais dit en marche, mais bon…)

D’abord il y a eu toutes les lectures partagées chaque matin. Je commençais à lire avec un enfant ou deux, avant que d’autres qui jouaient plus loin, intrigués, attirés par la lecture, par ma voix, la musicalité du texte ou son sens rappliquent, curieux, capturés dans les filets des mots de l’histoire. Alors oui, me suis-je dit, les tout-petits rentrent bien dans le livre par le texte puisque ce sont bien les mots qui les attirent là, qui les poussent à venir s’appuyer sur mon bras ou mon épaule pour regarder les images.

Et puis il y a eu les lectures dans la section des bébés. Là aussi j’ai vu que le texte faisait son chemin jusqu’aux petites oreilles et aux petites têtes. S’ils ne pouvaient pas accourir, trop petits, c’est souvent que je les voyais réagir, dans leurs transats ou à plat ventre sur leurs tapis, s’arrêter, ouvrir de grands yeux, une grande bouche, battre la mesure ou babiller au rythme des mots.

J’ai lu avec des bébés qui « lisaient » avec moi : Après un petit temps d’observation ils savaient : Leurs yeux suivaient le chemin que parcouraient mes yeux, sur les pages de gauche à droite, de haut  en bas. Ils regardaient le texte comme ils regardaient l’image passant de l’un à l’autre au rythme de ma lecture.

Toutes ces expériences m’ont confortée dans mon projet, mais il me fallait une histoire et je me demandais bien quelle histoire justifiait de ne pas être illustrée, quelle histoire pouvait faire un roman pour les bébés.

C’est encore au cours des lectures partagées que j’ai trouvé mon histoire, enfin je devrais dire qu’ils m’ont trouvé mon histoire.

A plusieurs reprise j’ai lu des albums dans lesquels une double page parlait d’un personnage du livre sans qu’il soit représenté sur l’image. A chaque fois leurs réactions étaient inquiètent ils cherchaient, questionnaient

 

 

 

 

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